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Monter au Semnoz : 1 250 mètres au-dessus du lac

La montagne d’Annecy en entier : la logique du relief, ce qu’on voit vraiment du sommet, l’heure qui change tout et ce que fait la saison.

Quatre parapentes colorés au-dessus d’un lac de montagne, vus depuis un alpage.
Quatre parapentes colorés au-dessus d’un lac de montagne, vus depuis un alpage.

Depuis le Pâquier, le Semnoz ne paie pas de mine : une longue bosse boisée qui ferme l’horizon au sud-ouest, sans sommet repérable. C’est exactement ce qui trompe. Cette bosse culmine à 1 699 m, soit environ 1 250 m au-dessus de la surface du lac. Et c’est de là-haut qu’Annecy devient lisible — une ville coincée dans un couloir, entre deux plis de calcaire.

Un chaînon, pas un sommet

Le Semnoz n’est pas une montagne isolée. C’est le dernier chaînon du massif des Bauges avant la cluse d’Annecy, une crête qui court du nord au sud sur une quinzaine de kilomètres, parallèle au lac : l’eau à l’est, la vallée du Chéran à l’ouest.

Cette orientation explique tout le reste. On ne monte pas au Semnoz pour un point de vue, on monte pour une crête. Le panorama se déplace pendant qu’on marche, et il est double — le lac et les Alpes d’un côté, les Bauges de l’autre. Le point culminant, le Crêt de Châtillon, porte une croix et une table d’orientation ; c’est le seul endroit où les deux versants tiennent dans le même regard.

Le bas est couvert de forêt, le haut est un alpage, et la ligne entre les deux est franche. Elle n’est pas naturelle : c’est le pâturage qui tient la crête ouverte depuis des siècles. Sans les troupeaux, l’épicéa serait remonté et il n’y aurait pas de vue du tout.

Ce qu’on voit du Crêt de Châtillon

À l’est, le lac dans sa longueur : les deux bassins, le resserrement de Duingt qui les sépare, et la courbe qu’on ne devine pas depuis les quais. Derrière, la Tournette (2 351 m), les Dents de Lanfon, la chaîne des Aravis, et le Mont Blanc au fond quand l’air est propre.

À l’ouest et au sud, un paysage que personne ne photographie : le cœur des Bauges, l’Arcalod, la Chartreuse plus loin, et par très beau temps la ligne bleue du Jura. C’est le versant qu’on oublie, et c’est celui qui donne l’échelle. Vu des quais, le lac paraît immense. Vu de 1 699 m, il tient dans un regard.

L’heure : le Semnoz se visite en fin de journée

Le matin, le soleil se lève derrière le lac. Vous êtes en plein contre-jour : la surface brille, les reliefs de la rive est se referment en ombres plates, et les photos sont mauvaises. L’air est plus pur qu’en fin de journée, mais la lumière travaille contre vous.

En fin d’après-midi, la géométrie s’inverse. Le soleil passe derrière la crête, dans votre dos, et éclaire de face tout ce que vous regardez : l’eau reprend sa couleur, la Tournette se détaille, et le Mont Blanc rosit une vingtaine de minutes avant de s’éteindre. C’est le créneau — le même que celui de notre itinéraire de 48 h.

Un détail qui surprend tout le monde : il fait 7 à 8 °C de moins qu’en ville, plus le vent, qui ne s’arrête jamais vraiment sur une crête. En août, des gens arrivent en tee-shirt pour le coucher du soleil et redescendent au bout de dix minutes. Une polaire dans le sac décide de l’heure à laquelle vous repartez.

Les 1 250 mètres, selon la manière dont on les paie

Le dénivelé ne change pas. Seule change la façon de le régler.

À vélo, c’est l’ascension de référence du bassin annécien : environ 17 km depuis la ville, à un peu plus de 8 % de moyenne, sans replat pour souffler. La route a servi d’arrivée d’étape au Tour de France en 2013, ce qui vous dira à quel régime elle se monte quand on est payé pour ça.

À pied depuis Annecy, par la forêt des Puisots, c’est une journée de montagne complète : le dénivelé d’une course alpine, en sous-bois sur les deux premiers tiers, avec la vue qui n’arrive qu’à la fin.

En voiture, la route mène presque au sommet, et il n’y a rien à redire — sauf ceci : si vous montez pour dix minutes et un panorama, vous passez à côté de ce que le Semnoz a de mieux, qui est de marcher le long de la crête. Comptez une heure aller-retour au minimum, en gardant les yeux à gauche.

Deux règles de terrain. Sur l’alpage, il n’y a ni ombre ni eau : montez avec votre gourde, comme sur les spots de baignade du sud du lac. Et refermez les clôtures derrière vous, les troupeaux pâturent en liberté tout l’été.

Ce que fait la saison

Juin et juillet. L’alpage fleurit, les bêtes montent, l’herbe est haute. C’est la plus belle période pour marcher sur la crête, et la seule où le Semnoz a une odeur.

Août. La chaleur monte avec l’air, et la brume avec elle : à la mi-journée, le Mont Blanc disparaît dans un fond blanc presque tous les jours. Le soir, il réapparaît. Ne montez pas entre 11 h et 16 h en espérant voir loin.

Octobre et novembre. La meilleure saison, et la moins fréquentée. Quand une couche grise et basse couvre Annecy plusieurs jours d’affilée, c’est souvent une inversion : le brouillard tient le fond de la cuvette, la crête est au soleil, et l’on regarde le lac disparaître sous une mer de nuages. La règle tient en une ligne — plafond bas et uniforme, pression haute, pas de vent : montez.

L’hiver. La neige tient sur la crête et la logique change du tout au tout. Le Semnoz devient un terrain de glisse, l’accès dépend de l’enneigement, et la vue sur le lac se gagne depuis un paysage blanc. Vérifiez l’état de la route avant de partir, pas en arrivant.

Avril et mai. La saison ingrate. La forêt est détrempée, la crête garde des plaques de neige bien après que la ville a sorti ses terrasses, et l’alpage n’a pas encore verdi. C’est aussi le moment où vous serez seul.

Ce qu’on ne ferait pas

Monter en plein après-midi d’août pour la vue. Renoncer parce que la ville est grise, sans avoir vérifié s’il s’agit d’une inversion. Monter en voiture, faire trois photos au sommet et redescendre : la crête se marche, sinon autant regarder une carte postale. Et partir en se fiant au thermomètre du centre-ville.

Le lac se photographie d’en bas. Il ne se comprend que d’en haut.

Sources

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